Le rapport déchets 2025 renforce plutôt qu’il n’affaiblit les interrogations de LNP
À première lecture, le RPQS 2025 de la Communauté de Communes Estuaire et Sillon (CCES) vise à rassurer : les tonnages globaux baissent de 3,8 %, le tri progresse et des expérimentations sur les biodéchets sont lancées.
Mais une analyse rigoureuse du rapport produit pourtant un constat opposé. Loin de dissiper les doutes de LNP, les chiffres publiés mettent en lumière des décalages structurels entre la communication affichée, les résultats réels et la facture réglée par les usagers.
Six contradictions majeures issues des chiffres officiels
1. Moins de déchets, mais une facture en hausse continue
Le tonnage total baisse (-3,8 % en 2025), mais le coût complet du service grimpe à 138 € / habitant (contre 128 € en 2023) et le coût aidé atteint 113 € / hab. La collectivité justifie cette hausse par la TGAP et l'inflation du traitement (+10 %). Reste une réalité pour l'usager : la baisse des efforts individuels ne se traduit par aucune baisse tarifaire.
2. Une « redevance incitative » dont l'efficacité comportementale est masquée
L'abonnement intègre d'office 6 levées d'OMR et 26 passages en déchèterie. Or, le RPQS reste muet sur les indicateurs d'évaluation clés : quel est le nombre moyen de levées réellement consommées par foyer ? Quelle est la répartition des usagers ? Quel est le montant des recettes issues des levées supplémentaires ? Sans ces données, l'effet réellement « incitatif » du dispositif demeure invérifiable.
3. Un récit de l'OMR face à la réalité des coûts
Le RPQS révèle un déséquilibre financier marquant : les Ordures Ménagères Résiduelles (OMR) ne représentent que 18 % des tonnages, mais captent 42 % des coûts (soit 500 € la tonne). À l'inverse, les déchèteries traitent 48 % des tonnages pour 41 % des coûts (223 € / tonne). La politique tarifaire pèse de manière disproportionnée sur le bac noir, sans traiter le coût global du réseau.
4. Une politique de prévention non quantifiée
Si la collectivité met en avant le compostage et le tri des biodéchets, le rapport reconnaît explicitement que les tonnages évités par le compostage individuel et partagé « ne sont pas connus et ne peuvent pas être quantifiés de manière fiable ». Comment piloter une politique publique dont l'impact réel n'est pas mesuré ?
5. Une dérive vers la prestation privée sans bilan comparatif transparent
Le RPQS confirme l'étude d'une externalisation totale de la collecte en porte-à-porte dès 2027. Entre 2024 et 2025, les charges de personnel ont chuté de 919 k€ à 844 k€, au profit d'une hausse des prestations privées (de 1,037 M€ à 1,177 M€), liée au renfort de Veolia sur la régie supprimée depuis en avril 2026. Avant d'abandonner la régie publique, la CCES aurait du présenter une étude comparative transparente en coût complet (véhicules, personnel, aménagement du nouveau garage prévus en 2026).
6. Un suivi d'activité, mais pas un bilan stratégique
Le RPQS dresse un inventaire technique précis du service : kilomètres parcourus, tonnages collectés, équipements déployés, marchés conclus, coûts de fonctionnement et investissements réalisés. Il décrit avec précision les moyens mobilisés, mais échoue à évaluer les résultats de la transformation engagée depuis 2021 avec le passage à la collecte des ordures ménagères tous les quinze jours.
Quatre ans après cette réforme majeure, plusieurs indicateurs essentiels demeurent absents du débat public.
- Quel est le bilan coût/bénéfice réel de la collecte bimensuelle ?
- Quel est le coût par tonne de déchets effectivement évitée ?
- Quels gains économiques ont été obtenus pour la collectivité et pour les usagers ?
- Quel impact mesurable cette réforme a-t-elle eu sur la réduction des déchets résiduels ?
Malgré les demandes répétées de LNP, la CCES ne publie toujours pas les données qui permettraient d'apprécier objectivement l'efficacité de son dispositif.
Le RPQS confirme l'existence d'une redevance dite « incitative » intégrant six levées annuelles d'ordures ménagères, mais ne précise ni combien de foyers utilisent réellement moins de six levées, ni combien sont contraints de payer des levées supplémentaires. Il ne fournit pas davantage le montant des recettes générées par ces dépassements ni la répartition réelle des comportements des usagers.
De la même manière, le rapport reconnaît que les quantités de biodéchets détournées grâce au compostage individuel et partagé « ne sont pas connues et ne peuvent pas être quantifiées de manière fiable ». Pourtant, cette politique est présentée comme un axe majeur de la stratégie déchets du territoire.
Le RPQS confirme également l'étude en cours d'une externalisation complète de la collecte à l'horizon 2027, sans qu'aucune comparaison économique détaillée et publique entre régie et prestation privée ne soit présentée aux usagers.
Enfin, alors que le rapport met en avant une enquête de satisfaction réalisée auprès de plus de 12 000 foyers afin d'évaluer la collecte bimensuelle instaurée depuis janvier 2021, aucun résultat n'est publié.
Quatre ans après la réforme, les habitants sont donc toujours privés du principal indicateur permettant de mesurer leur niveau réel d'adhésion à ce changement majeur du service public.
CONCLUSION :
Le RPQS 2025 soulève plus qu'il ne résout la question fondamentale portée par LNP : la collectivité cherche-t-elle prioritairement à réduire à la source la production de déchets ou à financer "à l'équilibre" un système dont les coûts continuent d'augmenter malgré la baisse des tonnages collectés ?
Loin d'éteindre le débat, ce rapport apporte donc de nouveaux éléments qui renforcent les interrogations déjà exprimées depuis plusieurs années.
- La hausse continue du coût par habitant, l'absence d'évaluation détaillée de la redevance incitative,
- le poids disproportionné des OMR dans les coûts du service,
- l'impossibilité de mesurer précisément l'efficacité du compostage,
- et la préparation d'une externalisation de la collecte en 2026 sans comparaison économique publique,
constituent autant de sujets qui méritent un examen contradictoire.
Surtout, après quatre années d'application de la collecte à la quinzaine, la question n'est plus celle des moyens mobilisés mais celle des résultats obtenus.
Le 2025 démontre que la collectivité dispose d'outils de suivi technique performants. En revanche, les indicateurs permettant d'évaluer objectivement l'efficacité de la réforme engagée depuis 2021 demeurent absents ou inaccessibles.
LNP demande donc qu'une évaluation complète, transparente et contradictoire de la politique déchets menée depuis 2021 soit enfin rendue publique. Tant que les questions fondamentales resteront sans réponse, la collectivité demandera aux habitants d'adhérer à un modèle dont les résultats sont affirmés mais insuffisamment démontrés.
Or, dans un service public financé par les usagers, la confiance ne se décrète pas : elle se construit par la transparence, la mesure des résultats et la capacité à rendre des comptes, sincères et complètes.

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